Les traces en grandeur nature

Lucie Choupaut  a publié en 2013 sur Electro-GN un article en trois parties sur la question « Quelles traces pour le jeu de rôle grandeur nature ? » qui correspond fortement aux questionnements à l’origine de Mémoire de rôlistes.

Elle y aborde les objectifs de cette conservation ainsi que la façon de faire : culture du secret de certains GN, biais de la photographie, enregistrement vidéo, nécessité et légitimité d’un contrôle des traces par les auteurs, etc.

Découvrez ces articles ici : Partie 1Partie 2Partie 3

« Grâce aux documents visuels qui subsistent, la mémoire de l’événement se transmet et devient un élément essentiel de l’analyse artistique. »

in La performance, entre archives et pratiques contemporaines, sous la direction de J. Bégoc, N. Boulouch et E. Zabunyan, Presses universitaires de Rennes, Archives de la critique d’Art, Rennes, 2010.

Fort Boyard, 1990, un jeu TV inspiré de Donjons et Dragons

En 1990, un nouveau jeu télévisuel est lancé : Fort Boyard.

Des équipes, en compétition, passent de pièce en pièce pour résoudre des énigmes ou affronter des défis, le tout sous la férule d’un Maître du Fort.

Tout ça ne vous rappelle rien ?

Hé oui, Fort Boyard a été inspiré de Donjons et Dragons, comme c’est révélé à la fin de l’émission du 28 août 1999 :

De 0’40 » à 1’46 », on apprend que le jeu télévisé est inspiré des jeux de rôle, jeux à la mode à cette époque, mais Jacques Antoine, créateur de l’émission, est coupé avant d’aller plus loin. D&D est cité texto deux ou trois fois, Jacques Antoine explique que dans un JDR il y a une équipe avec des pouvoirs ou des objets qui vont dans des donjons, explore pièce par pièce pour embrasser la princesse ou trouver un trésor.

Emission Heart of the Matter, 1980, Donjons & Dragons

En 1980, la BBC présentait le jeu de rôle, phénomène alors grandissant, dans son émission Heart of the Matter. Selon Sébastien Savard, qui signale la mise en ligne de cet extrait par la BBC, il s’agissait du préambule d’une émission centrée sur des débats publics éthiques et religieux à un moment où un mouvement de panique naissait autour de cette activité et ses prétendus liens avec le satanisme, les déséquilibres mentaux et le suicide.

Retrouver cette vidéo de 5 minutes en anglais sur la page Facebook de BBC Archive.

Le club de Donjons et Dragons de la MJC de Saint-Rémy-lès-Chevreuse dans les années 1970

Au tout début de l’arrivée du jeu de rôle en France, Finael et ses amis découvrirent ce nouveau jeu et fondèrent en 1978 l’un des tous premiers (si ce n’est le premier) clubs de JDR de France, à la MJC* (edit: ou Maison des loisirs et de la culture) de Saint-Rémy-lès-Chevreuse.
Leur épopée est raconté sur ce site, de même que leur campagne de Pranarant, illustrée de force cartes, plans et photos d’époque.


*MJC: Maison des jeunes et de la culture.

Pix or didn’t happen, ou les traces du grandeur nature

Larp Gear V by kickfoot

L’article Pix or didn’t happen de Juhana Pettersson, dans le Knutepunkt Book de 2009 présente les raisons de la très faible documentation des parties de jeu de rôle sur table et grandeur nature (GN), à savoir leur caractère éphémère. Elle y explique pourquoi et comment cela peut changer, par exemple à travers la photographie.

Role-playing games, both larp and tabletop, are an ephemeral art form.
The games are usually done only once, and people hear about them
through word of mouth. Now, in the era of unprecedented ease in publishing stuff on the internet, is the time to change this and start documenting games properly.

Voir aussi le reportage LARP Photographer: Photographing Live Action RolePlay.

Pascalahad, 1984-1985, Jeu maison [Premières fois rôlistiques]

On devait être à l’été 1984 ou 1985. Un des mes amis, fou de Lovecraft, avait invité un des ses cousins pour le week-end. Celui-ci était venu avec des figurines en plomb, et il nous proposa un jeu « drôle ». On aimait rire, donc on a dit oui. Le temps de jeter quatre caractéristiques sur une feuille de brouillon jaune (je me rappelle avoir eu 60 en Force), nous voilà projetés en imagination dans un monde médiéval-fantastique. Intense sensation d’aventure mêlée à une impression de liberté absolue ! Inoubliable.

J’en parle à un autre ami, dont le père était abonné à Jeux et Stratégie. Ni une ni deux, et me voilà dans la peau d’un Méga en pantalon et veste de jean, un 357 magnum dans un étui sous l’épaule, arpentant la campagne pour enquêter sur des disparitions de vaches…

Garipipok, 1983, AD&D [Premières fois rôlistiques]

Moi, c’était en 1983, au collège. L’année précédente, j’avais vu des parties en salle de permanence, avec Dungeon Floor Plans et figurines. J’ai été fasciné.

Je me suis donc inscrit au club « Simulation » de mon collège, qui avait des créneaux dans une salle et quelques livres d’AD&D (en anglais). Un membre m’a aidé à tirer mon premier perso, un voleur elfe nommé Eluinas. J’ai toujours la fiche. Je ne me rappelle pas exactement de la première partie, j’ai juste quelques flashs de scènes marquantes de cette époque (un PJ nain qui essaie de me buter en plein milieu d’un combat parce qu’il n’aime pas les elfes – c’est moi qui l’ai eu, hé hé).

Cdang, 1985, D&D [Premières fois rôlistes]

Moi c’était en 4e et en 1985. La première partie ça devait être avec la boîte rouge, je sais plus trop. On a créé les persos, il y a avait des rumeurs à la taverne (genre les gobelins ont peur des nains), j’ai franchi une rivière, je me suis cogné au bord de la carte, on est entré dans une grotte avec des gobelins et j’ai lancé un charme personne ou un truc du genre. Puis c’était l’heure de reprendre mon bus.

Je me souviens mieux de la 2e, toujours avec le même pote (un mec possédant un TO7*, vous pensez bien que j’avais gardé contact quand il a changé de bahut !), là c’était à AD&D, je crée un Félys, je tire le d100 et me retrouve psionique. Le scénar, c’était Le Temple de M’Shu dans Casus Belli.

Ce qui est à peu près sûr, c’est qu’on se foutait un peu des règles. Le MD nous a sorti un deus ex machina qui a latté le dragon et ouvert une brèche dans le mur pour qu’on puisse sortir. Je crois que c’est dans cette partie que je me suis amputé d’un doigt parce que, comme un con, j’ai essayé l’anneau que j’avais trouvé.

En tous cas, j’ai eu l’occasion de recycler ça dans une de mes rédac’. Il fallait écrire une histoire à la manière d’un conte de fées avec le schéma actanciel « quivabien », j’ai fait ça sous la forme d’une partie de D&D 😀

Bon, sinon le poto m’a montré Mega II que c’était super bien parce qu’il y avait une silhouette pour localiser les dégâts. Donc le 1er JdR que j’ai acheté, ça a été le hors série J&S à la librairie du coin.

*TO7 : ordinateur Thomson O7.

Sauriak, 1978-1979, D&D [Premières fois rôlistiques]

A Nancy, probablement lors d’un après-midi de février 1978 ou 1979, nous avons créé nos personnages. Une ou deux semaines après, nous avons joué notre première partie qui était attachée au B1 (In search of the Unknown). C’est un ami de notre âge (environ 13-14 ans) qui maîtrisait puisqu’il était le seul à avoir fait anglais en première langue et avait déjà était initié par son père.

Nos personnages ont été créés selon la méthode du jet unique de 3D6 dans l’ordre des caractéristiques et je me suis retrouvé avec un semi-elfe clerc avec 3 en force et 17 en sagesse. Moi qui rêvais de Conan le Barbare ou d’un magicien, j’étais loin du compte 😉

Comme nous étions seulement deux PJ, notre MJ nous a d’emblée collé des PNJ serviteurs issus d’un tirage sur une table. Mon henchman était un nain voleur nommé Mezron. Mon comparse était un elfe guerrier-magicien. Je ne me souviens plus de son acolyte.

J’ai un vague souvenir d’un long couloir avec des bouches magiques et d’une porte secrète qui débouchait sur un dédale. Nous ne sommes pas allé très loin et avons dû nous replier sous la pression de monstres errants en trop grand nombre. Nous avons tenu 1 ou 2 combats contre des squelettes, un centipède géant et des vers pourrisseurs. Je crois que nous avons fui face à un monstre rouilleur et faute de sorts. J’avais soigné tout mon possible et l’unique magic missile avait été consumé sur le centipède.

Nous n’avons jamais repris la partie.

Finalement, mon comparse elfe est devenu notre MJ régulier et, pour qu’il ne soit pas frustré, je me suis mis à la maîtrise en alternance. Il est plus porté sur le merveilleux façon Tolkien alors que je suis plus sword & sorcery, ce qui a permis de varier les genres pour la bande d’amis.

Mon premier module/scénario en tant que MJ fut le B2, fourni dans la boîte D&D, avec une série inachevée de trois parties. Non par raison de morts mais parce que nous étions volatiles.

Les premiers Casus Belli nous ont enchanté avec les articles de l’ami Jean Balcezak, la série « Devine qui vient dîner ce soir » et les mythiques donjons comme « le Château des Sphinx » et « la Gorge de Fafnir ».

Mugen, 1984, Château des Sortilèges [Premières fois rôlistiques]

Moi, c’était à 9 ans environ, vers 1984. Mon père était lecteur de Jeux & Stratégies, et m’avait fait jouer deux ans plus tôt au Château des Sortilèges. L’on pourrait même dire que ma première approche du JDR a été via les photos des premiers J&S, que je feuilletais à 5 ans…

Avec mon meilleur ami, il nous a proposé de jouer à Mega. Il s’est contenté de nous expliquer le principe des jets sous caractéristiques, nous a donné des pré-tirés, et on a joué un scénario dans une colonie sur une exoplanète.

Peu après, c’était le boom des livres dont vous êtes le héros, mais les premiers essais de mon père pour m’y intéresser ont été des échecs. Jusqu’à ce que je me rende compte que le jeu auquel il m’avait fait jouer pouvait être un bon moyen d’intéresser mes copains, et là j’ai plongé…