Meuh, 2001, JRTM [Premières fois rôlistiques]

Alors ça va paraître bien tard par rapport à la plupart des anecdotes ici, puisque ce devait être en 2001.

J’avais 16 ans et j’appartenais à un petit groupe de weirdos-geeks au sein de ma classe de 1ère S. Pour la petite histoire, les deux-tiers des élèves de la classe (mais pas notre bande) étaient en européenne, en conséquence de quoi ils avaient des cours supplémentaires qui créaient de gros trous dans nos agendas. Mais ça tombait bien, un de nous habitait tout près, donc on en profitait pour aller cher lui jouer à la console.

Un jour, ce même camarade, qui est encore un bon ami aujourd’hui, nous propose de s’essayer à une activité nouvelle, que lui semble déjà avoir pratiqué à l’occasion : le jeu de rôle. Plus exactement il nous propose de jouer au Jeu de Rôle des Terres du Milieu (c’était un grand amateur de Tolkien).

Bonne nouvelle : le JDR, j’ai une idée relativement précise de ce que ça peut être. J’ai lu des livres dont vous êtes le héros. Et surtout, j’ai largement pratiqué des jeux vidéos s’en réclamant, de Baldur’s Gate à Fallout en passant par les Might & Magic
Mauvaise nouvelle : ma connaissance de Tolkien se limite environ au premier quart de Bilbo le Hobbit. En littérature de l’imaginaire, j’ai toujours préféré la science-fiction à la fantasy qui m’ennuie terriblement. Et le premier film de la trilogie de Peter Jackson n’est pas encore sorti.

Notre MJ a la bonne idée de nous fournir des pré-tirés, histoire de rentrer rapidement dans le bain. Par contre, son scénario est terriblement tolkienien : nous sommes tous des elfes (j’interprète un guerrier semi-elfe) chargés de protéger un chant-poème et le ramener quelque part, à moins qu’ils ne doivent l’y récupérer, je ne me souviens plus exactement. Pour ceux qui ne connaissent pas Tolkien et l’importance de la poésie dans son univers, soit en fait tous les participants à l’exception du MJ, l’anti-epicness de la mission de protection musicale nous fait doucement rire.

Le premier événement marquant consiste évidemment à croiser des orcs peu amicaux. On se tape dessus, on les vainc. Et là c’est le drame, puisque j’ai le malheur de faire ce qu’il est attendu du guerrier niveau 1 venant de battre son premier ennemi dans le moindre RPG : je loote. Le MJ s’écrie que, non, jamais de la vie un elfe ne revêtirait l’affreux casque puant d’un orc. Je m’offusque : de quel droit il décide à ma place de mes actions ? Il n’a pas le droit ! Il veut pas jouer à ma place non plus ? Bref, on se dispute.

(A posteriori, je trouve ça amusant d’avoir directement mis le pied dans le plat de ce qui constitue toujours un sujet délicat dans le jeu de rôle, à savoir les limites des pouvoirs et responsabilités de chacun. Avec des jeux qui sortent aujourd’hui et qui tiennent à préciser en toutes lettres le pouvoir exclusif d’un joueur sur son PJ. Même si, soyons honnêtes, le véritable souci ici était surtout ma méconnaissance de l’univers.)

Je ne me souviens plus très bien de la suite, mais il me semble que le MJ (ou l’intrigue, ou les deux) avait voulu mettre l’accent sur cet aspect poétique incompris de notre quête, et que plus il tentait d’appuyer dans cette direction, plus on se moquait. Entre l’heure qui avançait et le meneur qui n’arrivait pas du tout à poser son ambiance, nous n’avons jamais terminé le scénario.

Le plus curieux, c’est que malgré ce semi-fiasco… j’ai tout de suite accroché ! Rapidement, nous rejouions, avec nos propres personnages cette fois et des aventures moins typées. Nous nous relayions derrière l’écran, j’étais hyper enthousiaste à l’idée de maîtriser et le faisait à la moindre occasion (en cours, dans le bus…). Puis, comme la fantasy qui se prend au sérieux* ça va 5 minutes, mais que la science-fiction oppressante et l’humour noir c’est mieux, pour mes 17 ans, je me suis fait offrir un pack Paranoia première édition déniché quelques francs sur ebay.

* Ce que je n’arrivais pas du tout. Mon méchant récurrent était un animiste ridicule inspiré de notre prof de physique-chimie. Et comme si ce running gag ne suffisait pas, sa spécialité était de s’entourer de wargs toujours plus armurés d’une séance à l’autre. En effet, un jour notre MJ-initiateur avait décidé que malgré que les règles ne fournissaient pas d’armure aux wargs, il pouvait bien décider de leur appliquer une armure de cuir souple pour leur peau épaisse. Moi j’étais là, scandalisé : hein, quoi, tu changes les règles ? C’est de la triche !? QUOI, ON PEUT FAIRE CA ??? Dont acte : wargs en cuir épais dans votre gueule. Wargs en cotte de maille. Wargs de métal ! WARGS DE DIAMANT !!!

Saint Epondyle, 2003, D&D 3 [Premières fois rôlistiques]

[Chapitre premier] Genèse

[Le dormeur, s’est éveillé !]

Tout commença un obscur jour d’été en l’an de grâce 2003, quelque part en Basse Normandie, où je passais mes vacances en famille. Ayant finis mon année de Quatrième, je m’apprêtais à entrer en Troisième.

Collégien de base, j’étais comme beaucoup de mouflets de mon âge relativement sensible aux jeux vidéos et aux films et séries issus de la médiaculture globale. Je citerais en particulier Warcraft, Starcraft, Baldur’s Gate et Morrowind. J’avais déjà été relativement familiarisé aux univers d’héroïc-fantasy par les cartes Magic (Wizard Of The Coast), dont j’étais un joueur et un collectionneur fervent, tout comme mon frère et mes cousins. Toutefois, même en étant passionné par les cartes Magic, je souhaitais me diversifier. Je me cherchais une réelle passion, sans le savoir réellement, praticable avec les gens de mon âge de manière régulière, car je jouais somme toute assez peu aux cartes. C’est tout naturellement que je réfléchissais à me lancer dans l’aventure passionnante mais pécuniairement délicate que constituait (et constitue toujours) le jeu de figurines star, créé et distribué par Games Workshop : Warhammer.

Lire la suite sur le blog de saint Epondyle.

 

Les carnets noirs du jeu de rôle

Le jeu de rôle étant un loisir essentiellement oral, courant en général sur plusieurs heures et se finissant parfois très tard le soir (ou très tôt, c’est selon), le « fourchage de langue » est l’un des risques de la pratique.

Selon le très intéressant éditorial du hors série n°1 du fanzine Tinkle bavard (paru entre 1989 et 2001), le concept de carnet noir, ou perles des joueurs, serait né au sein d’un groupe de joueurs genevois puis aurait été adopté par Dragon radieux (n°22 et 23) avant de s’ébattre au sein des échanges par minitel.

Ces lapsus malheureux et ces bons mots tirés du vécu des joueurs ont égaillé les rôlistes pendant de nombreuses années et ils font partie, à ce titre, de l’imaginaire et du patrimoine du jeu de rôle.

« Le carnet noir c’est la liste de toutes les conneries, bourdes, maladresses, sorties bien involontairement en partie de jeu de rôles. De grands moments de fou rire, et d’excellents souvenirs. » –Fred H.

Gus&Co revient en détail sur ce hors série « Les carnets noirs » et propose même un exemplaire numérisé pour découvrir sur une vingtaine de pages toutes les perles faites déjà à l’époque sur l’anatomie, la mort, la guerre, les animaux, la culture, les mœurs, la cuisine, les portes, les véhicules et bien d’autres choses.

Ces perles ont ensuite été rassemblées et complétées pour former un corpus de plus de 4000 citations.

D’autres sites ont constitué leur propre carnet noir : Saladdin (ici et ), Le Bastion, 3615 Akela, le forum de la Cour d’Obéron, etc. A noter aussi que le Moteur de recherche dédié au jeu de rôle a collecté une série d’anecdotes plus élaborées.

Et vous, collectionnez-vous aussi vos bourdes et lapsus de parties ?

EDIT : quelques ajouts de perles et carnets noirs :

  • Les perles publiées par Syllenius sur le blog Jeu d’rôle entre 2007 et 2008 (et qui dateraient au moins de 2000-2003).
  • Archives compressées de plusieurs des sites signalés ci-dessus (sur google drive), au cas où ils disparaitraient dans les abimes, comme plusieurs des liens qu’ils référencent.

Mole Shaman, 2000, AD&D2 [Premières fois rôlistiques]

Le 11 août 2000, j’ai 12 ans et demi quand je commence ma première partie de jeu de rôle sur un forum américain utilisant AD&D2. J’ai créé une elfe magicienne spécialiste de l’invocation, qui est aussi mon personnage de Baldur’s Gate II. Au cours des prochaines années sur ce forum, et avec des amis issus d’un forum de jeux vidéos consacré à Baldur’s Gate, je vais créer plusieurs autres personnages et commencer à être MJ. Au fil du temps, les relations de mon personnage avec les autres deviennent un vrai soap opera avec des histoires d’amour, la formation d’un apprenti et les relations compliquées mais riches en péripéties avec le mage elfique qui a formé mon personnage et qui a sombré dans l’invocation de démons et les conséquences de la lycanthropie pour mon personnage. Il force plus ou moins mon personnage à clore sa vie d’aventurière et à s’établir avec sa camarade prêtresse-vampire-aventurière pour devenir une sorte de Simbule locale que d’autres joueurs et joueuses sollicitaient pour des informations ou l’apprentissage de la magie.

Que de bons souvenirs ! J’ai découvert plusieurs autres univers avec mon groupe (Shadowrun et L5R surtout, en plus de D&D, mais un peu de Warhammer, Vampire et Exalted…), mais cette profondeur dans les sentiments et mon approche globalement narrativiste est vraiment liée à cette découverte adolescente du JDR pour moi, et les quelques personnages que j’ai créés et faits vivre à cette époque sont gravés dans mon souvenir (notamment une barde humaine). En tant que personne transgenre, la possibilité d’apprendre à faire vivre et vivre avec un personnage féminin, ainsi que l’observation et les échanges avec des personnages féminins et des joueuses a aussi été capital et extrêmement libérateur à cette époque où je prenais aussi conscience des droits LGBT* et de la discrimination notamment.

J’avais un peu découvert la culture rôliste à travers les jeux Bioware grâce à la lecture de PC Soluces , du Gouffre maudit (Loup Solitaire), acheté par hasard un jour de vacances dans une maison de la presse, et celle des livres de Tolkien et des romans TSR. Je crois que la première fois que j’en ai entendu parler c’était en suivant une partie d’AD&D2 par forum, dont je ne me rappelle rien sinon qu’il y avait un demi-orque élémentaliste de terre, et grâce à la lecture de certains suppléments des Royaumes comme Guerriers et Prêtres des Royaumes et Magiciens et Voleurs des Royaumes. C’était fascinant et cela a vraiment amélioré ma moyenne en anglais de manière phénoménale ! 🙂

*LGBT : « Lesbiennes, gays, bisexuels et trans » et son sigle « LGBT » sont utilisés pour désigner les personnes non hétérosexuelles et/ou non cisgenres.